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Cadmium et métaux lourds dans l'alimentation BIO

Le 05/04/2026 0

Récemment, des adhérents de l’AMAP ont posé la question à Ludo, notre maraicher BIO, de la présence de cadmium dans ses légumes. Le cadmium étant un des métaux lourds présents dans les sols.

Celui-ci nous a rassuré sur son mode d’agriculture biologique avec l’utilisation d’engrais dont les taux de cadmium sont bas et le système de sols mis en jachère, tout en nous indiquant, à juste titre, que nous étions exposés à d’autres métaux lourds que le cadmium et par d’autres voies de contamination que l’agriculture.

L’objectif est, dans cet article, de replacer un focus légitime sur le cadmium dans un ensemble plus large de dangers pour la santé lié à l’exposition aux métaux lourds afin d’avoir une vision plus globale et d’essayer d’identifier ce qui peut être fait pour réduire notre exposition à ces éléments.

Résumé de l’article

Notre alimentation est polluée par de nombreux métaux lourds, tous naturellement présents dans les sols. Cette concentration dans les sols est accentuée par les activités humaines, l’industrie et l’agriculture notamment. Des sols, les métaux lourds contaminent l’eau, les poissons, les légumes et toute la chaine alimentaire. Ces métaux lourds sont tous dangereux pour la santé, à des doses et concentrations différentes.

Afin d’éviter une surexposition à ces métaux, quelques mesures peuvent être conseillées comme :

  • Consommer des produits provenant de modes d’agriculture utilisant des engrais répondant aux normes européennes et répondant au cahier des charges de l’agriculture biologique
  • Éviter les champignons provenant de lieux pollués car ils sont des accumulateurs de métaux lourds
  • Limiter à deux portions par semaine sa consommation de poissons
  • Varier son alimentation en évitant une consommation plusieurs fois par jour d’aliments identiques comme les céréales, le riz, le pain, les pâtes, le chocolat. Le pain contient par exemple du cadmium, du plomb, et des mycotoxines, les pâtes de l’aluminium, le café du cuivre, de l’arsenic et le lait du plomb et de l’arsenic. Même si ces aliments ne sont pas nécessairement très contaminés, ils sont en revanche très consommés.
  • Eviter les eaux embouteillées dont l’emballage contient du PET, elles contiennent souvent de fortes quantités d’antimoine

A PROPOS DU CADMIUM

Effet du cadmium sur la santé

Le cadmium a été classé, en 2012, cancérogène certain. Il est également suspecté d’être mutagène, toxique pour la reproduction et perturbateur endocrinien.

Son élimination par l’organisme est possible, mais difficile et très lente. Ses effets délétères sont liés à son accumulation dans l’organisme au fil du temps, en particulier dans les reins, le foie et les muscles. L’ANSES Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, constate que l’exposition des Français s’est aggravée ces dernières années, particulièrement chez les enfants de moins de 3 ans.

Origine du cadmium

Le cadmium est naturellement présent dans les roches à partir desquels se forment les sols. Dans certaines régions du globe, comme le Maroc ou l’Amérique latine, le sol est naturellement plus riche en cadmium. Au Pérou, en équateur ou en Colombie, les vastes zones de culture de cacao sont plus exposées, par exemple, qu’en Afrique de l’Ouest ou en Asie du sud-est.

En agriculture l’épandage de certains fertilisants tels que les engrais minéraux phosphatés et les effluents d’élevage, contribuent à augmenter sa présence dans les sols.

Plusieurs secteurs de l’industrie utilisent le cadmium et en émettent dans l’eau et l’air.

Voie d’exposition au cadmium

Nous y sommes principalement exposés par l’alimentation. Pour les fumeurs, le tabac constitue une source supplémentaire. Plus nous consommons certains aliments contenant du cadmium en quantité et régulièrement, plus nous augmentons la dose. Les aliments les plus contaminés peuvent ne pas être à risque si nous les consommons en petite quantité, comme les mollusques, les crustacés, les algues, et les abats. A l’inverse des aliments moins contaminés peuvent nous amener à dépasser la dose risquée si nous les consommons fréquemment, quotidiennement. C’est le cas du pain, des céréales, des pommes de terre, des pâtisseries, des biscuits, La doses risquée dépend également du poids, une attention particulière doit donc être portée aux enfants.

Les végétaux à feuillage vert (salades, choux, épinards) ou les champignons sont la source majoritaire de cadmium.

A PROPOS DES METAUX LOURDS

Le cadmium est mis en lumière mais les « études de l’alimentation totale » (EAT) de l’Anses confirment que l’exposition des Français à certains métaux lourds (cadmium, mercure, plomb, aluminium) et à l’acrylamide (composé formé lors de la cuisson) présente un risque pour la santé.

Définition des métaux lourds

On les appelle métaux lourds car ils sont définis historiquement comme des éléments métalliques ayant une masse volumique supérieure à 5000kg/m3. Cette définition a été élargie à d’autres éléments au regard de leur dangerosité. L’Europe a proposé une définition retenue pour le droit européen et celui des Etats-membres : «un métal lourd désigne tout composé d’antimoine, d’arsenic, de cadmium, de chrome hexavalent, de cuivre, de plomb, de mercure, de nickel, de sélénium, de tellure, de thallium et d’étain, ainsi que ces matériaux sous forme métallique, pour autant qu’ils soient classés comme substances dangereuses». 

Origine des métaux lourds

Tous les métaux lourds sont présents naturellement dans l’environnement. Cependant, pour nombre d’entre eux, l’activité humaine a fortement augmenté leur présence.

L’impact sur la santé des métaux lourds dépend de leur espèce chimique, de leur concentration, de leur biodisponibilité et de leur passage dans les chaînes alimentaires. Certains éléments n’ont aucun rôle dans le maintien de l’homéostasie de l’organisme et sont directement toxiques, comme le mercure, le plomb ou le cadmium, d’autres sont indispensables (appelés oligo-éléments) comme le sélénium ou le fer. Enfin, certains sont neutres et considérés comme biocompatibles avec l’organisme, et sont ainsi utilisés en médecine, comme le titane et l’or par exemple.

L’Antimoine

L’antimoine est rarement utilisé seul, étant trop cassant. Il est en revanche fortement utilisé dans des alliages, notamment avec le plomb.

Le CIRC a classé l’antimoine cancérogène possible chez l’homme. Il a également été suggéré un rôle de perturbateur endocrinien.

L’antimoine pollue principalement les sols et peut parcourir de grandes distances dans les eaux souterraines. Les taux d’antimoine retrouvés dans l’environnement sont généralement le reflet de l’activité industrielle proche. Dans les régions non polluées, la concentration d’antimoine est inférieure à 0,01mg/L ; mais dans certaines régions métallurgiques, notamment en Asie centrale, le taux dans l’eau peut atteindre 10mg/L.

Dans certaines eaux minérales, on trouve de l’antimoine en excès. Ce surdosage est dû à la fabrication du plastique PET, dans lequel le trioxyde d’antimoine est fréquemment utilisé comme catalyseur de polymérisation. Or, ce trioxyde d’antimoine migre dans l’eau et se concentre proportionnellement au temps de séjour. 

L’Arsenic

L’arsenic est un élément naturellement présent dans la partie superficielle de l’écorce terrestre. En France, plusieurs régions sont concernées par la présence d’une concentration importante d’arsenic dans le sous-sol : le Massif Central, l’Auvergne, les Vosges, les Alpes. A cause de sa présence dans les sols, l’arsenic peut être retrouvé dans l’alimentation mais surtout dans l’eau de boisson.

En plus de sa présence dans les milieux naturels, l’arsenic est utilisé depuis de nombreux siècles pour diverses fonctions, notamment les pigments des peintures, les pesticides, insecticides.

L’Arsenic est à la fois un poison et un oligo-élément essentiel pour l’être humain. Sa toxicité dépend de sa nature chimique. L’arsenic est également un perturbateur endocrinien.

Un empoisonnement chronique à l’arsenic peut être la conséquence de la consommation d’eau potable contenant des niveaux élevés d’arsenic pendant une longue période.

Certaines plantes consommées par l’homme, notamment le riz, peuvent bioaccumuler de fortes quantités d’arsenic lorsqu’elles sont en contact avec de l’eau polluée.

Le mercure dans les poissons

Le mercure est toxique pour le système nerveux central.  Il est présent chez les poissons sous forme de methylmercure. Il parvient à passer la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau et chez les femmes enceintes il traverse la barrière du placenta. Avec deux portions de poisson par semaine dont un poisson gras, le rapport bénéfice-risque est jugé positif par les autorités sanitaires.

Le chrome

Le chrome se rencontre en petites quantités à l’état naturel dans tous les types de roches et de sols. Il peut être entrainé dans l’atmosphère par mise en suspension de poussières, et dans les eaux de surface par ruissellement, altération et érosion des matières du sol. Les émissions de chrome dans l’environnement se font de manière prépondérante vers le milieu aquatique (environ 94 % des émissions totales en France en 2008). Le chrome est un métal très utilisé pour l’industrie.

La toxicité du chrome varie fortement selon sa forme chimique. Le chrome trivalent (chrome III) est un oligoélément essentiel pour le métabolisme glucidique chez l’humain.

L’ion chrome VI (chrome hexavalent) peut être bioaccumulé par divers organismes et est un cancérogène avéré (classé cancérogène certain par le CIRC), ce qui n’est pas le cas des autres formes de chrome.

Chez l’homme, une exposition chronique au chrome VI via l’eau de boisson entraîne des effets gastro-intestinaux (ulcérations buccales, diarrhées, douleurs abdominales, vomissements) et hématologiques (anémies, leucocytoses et neutrophiles immatures) 

Le cuivre

Naturellement présent dans la croûte terrestre, le cuivre est essentiel au développement de la vie sur Terre. Il s’agit du plus ancien métal utilisé par l’homme (traces de fusion du cuivre dans des fours datant d’il y a 7000 ans).

A très faible dose, le cuivre est un oligo-élément indispensable au fonctionnement de l’organisme. Cependant, le cuivre peut également être toxique. En effet, il va augmenter la formation d’espèces réactives de l’oxygène, responsables du stress oxydant. 

L’agriculture BIO utilise le cuivre le cuivre et ses dérivés, comme le sulfate ou l’hydroxyde de cuivre pour combattre les maladies et ravageurs sans utiliser d’engrais de synthèse.

Le cuivre est connu depuis la haute antiquité, entre autres pour ses propriétés antiseptiques. Il est utilisé pour protéger la vigne des maladies. Le cuivre est aussi utilisé comme fongicide dans les cultures maraîchères (pommes de terre, tomates, cucurbitacées…), l’arboriculture, ou même de grandes cultures comme le houblon.

Conscient des risques, les autorités sanitaires tentent de faire réduire la concentration en cuivre autorisée dans les produits phytosanitaires mais la règlementation recule souvent devant le caractère incontournable de ce métal. A titre d’exemple, le 31 mars 2026, le tribunal administratif de Melun a suspendu les restrictions d'usage du cuivre en viticulture.

Le cuivre peut être écotoxique même à faibles doses, notamment pour certains organismes aquatiques et pour les mousses et lichens. Un épandage trop intensif de cuivre dans l’agriculture peut entraîner une accumulation de cuivre dans le sol, entraînant des effets toxiques chez les animaux. Il a d’ailleurs été observé des effets chez le mouton. Des concentrations trop élevées se retrouvent également dans les lisiers à cause de l’utilisation du cuivre comme complément alimentaire chez les porcs.

Le mercure

Le mercure est un métal argenté brillant, le seul se présentant sous forme liquide dans les conditions normales de température et de pression. Le mercure est naturellement présent dans l’environnement, essentiellement dans les roches du sous-sol.

En région parisienne et dans le nord de la France, les sols contiennent plus de mercure que dans les zones rurales. Cette pollution s’explique par d’anciennes activités industrielles et par l’épandage de boues issues des stations de traitement des eaux usées. Dans ces zones, les teneurs dépassent souvent 0,1 milligramme de mercure par kilo de terre fine, une valeur rarement atteinte dans les sols cultivés ou forestiers des campagnes. Dans le Massif central, les sols sont naturellement plus chargés en mercure. Mais l’exploitation passée de mines d’or a encore renforcé cette concentration.

Le mercure n’est pas un oligoélément. Il est toxique sous toutes ses formes organiques et pour tous ses états chimiques. Son utilisation est règlementée et plusieurs directives européennes en limitent l’usage.

En médecine, il a été utilisé comme antiseptique (mercurochrome) ; depuis 2006, ce produit n’est plus commercialisé en France et aux Etats-Unis. Il entre également dans la composition des amalgames dentaires (45-50% de la composition).

L’alimentation est la principale source de contamination au mercure, très fortement liée à la consommation de gros poissons prédateurs. Il faut donc éviter de consommer trop souvent ces poissons (dorade, espadon, marlin, grenadier, bar, requin, thon). Les moules et les huîtres concentrent également le mercure.

Dans les sols, ce sont notamment les champignons qui concentrent ce composé.

De nombreuses intoxications au mercure ont été liées à un traitement des semences au début du XXe siècle ; ce traitement est interdit depuis 1982 en Europe de l’Ouest.

Toute la planète est concernée par la pollution au mercure ; même les zones polaires sont fortement imprégnées. Cette pollution est durable puisque le mercure n’est pas biodégradable et peut recontaminer plusieurs fois la chaîne alimentaire.

Le nickel

Le nickel représente 0,8 à 0,9 % de la croûte terrestre. 

En très faible quantité et sous des formes assimilables, le nickel est considéré comme un oligoélément pour les animaux et les plantes.

Certains composés de nickel sont très toxiques. C’est le cas du nickel tétra-carbonyle présent dans les vapeurs et les fumées, qui est un cancérigène avéré.

Le plomb

Le plomb est présent dans la croûte terrestre et dans tous les compartiments de la biosphère.

Employé dans l’essence pour ses propriétés antidétonantes jusqu’aux années 90, il est maintenant interdit dans les carburants depuis 2000. Sa présence dans l’environnement a donc fortement diminué depuis une dizaine d’années. En 1990, les émissions de plomb émanant du transport routier étaient largement prédominantes : 90 % des émissions totales. Elles sont devenues quasi nulles actuellement. Aujourd’hui, le plomb est principalement émis par le secteur industriel : métallurgie, production de matériaux et utilisation de minéraux non métalliques.

Le plomb peut également être émis par certaines peintures et polluer ainsi l’habitat. 

Les principales voies d’absorption du plomb sont les ingestions accidentelles, mais il peut également s’agir de l’air ambiant ou des canalisations d’eau. 

Le plomb fait partie des contaminants les plus toxiques de l’environnement. Il peut en outre agir en synergie avec d’autres métaux et polluants, comme le cuivre, le cadmium ou le sélénium.

Il n’est pas biodégradable et sa demi-vie géochimique est d’environ 7 siècles. Les champignons sont de bons stockeurs de plomb et jouent un rôle important dans le cycle toxique. La biodisponibilité du plomb pour les végétaux est très importante, particulièrement en cas d’acidité.

Le sélénium

Le sélénium n’est pas vraiment un métal ; il appartient au groupe des chalcogènes. Le sélénium est un élément rare, mais présent dans plusieurs minéraux sulfures. On le retrouve concentré dans certaines plantes, céréales ou levures.

Le sélénium est un oligoélément essentiel constituant des sélénoprotéines, des protéines antioxydantes. L’alimentation occidentale comble largement les besoins quotidiens en sélénium.

Mais le sélénium est toxique à trop fortes doses. Il peut ainsi entraîner des nausées, des diarrhées, une fragilisation des ongles, une perte de cheveux et une asthénie. 

Le sélénium est présent dans l’environnement sous plusieurs formes chimiques. La forme sélénite est la plus toxique et la plus fréquente. Certaines matières résiduelles d’origine industrielle ou agricole (engrais) en contiennent des doses suffisantes pour polluer l’environnement et entraîner une bioaccumulation dans la chaîne alimentaire. L’élimination par l’organisme est longue.

Le Tellure

Le tellure est un élément assez proche du sélénium, rare dans l’environnement mais qui possède une grande diversité minéralogique.

Il est notamment utilisé dans certains dispositifs d’optique infrarouge, la formulation du caoutchouc ou encore la coloration de céramique.

La plupart des composés créés avec du tellure sont toxiques et peuvent entraîner une atteinte hépatique et des dommages au système nerveux central.

L’hypertension artérielle (HTA) pourrait être provoquée par des niveaux élevés de tellure dans l’environnement.

Le tellure a été très peu étudié dans l’environnement, mais semble avoir un comportement similaire à celui du sélénium, même si on en retrouve des concentrations inférieures. Avec le vieillissement des sols, le tellure est oxydé en tellurite peu mobile. Il est très peu incorporé dans les végétaux et semble globalement non nocif pour l’environnement.

Le Thallium

Le thallium est un métal gris très malléable qui se ternit à l’air.

Le thallium fait partie des métaux lourds et est hautement toxique. Il est rapidement bio assimilable et principalement neurotoxique. Le corps humain absorbe très facilement le thallium, particulièrement à travers la peau, l’appareil respiratoire et l’ingestion. Une intoxication au thallium est souvent due à l’utilisation de rodenticides (produits biocides pour lutter contre les rongeurs).

Le thallium peut s’accumuler dans plusieurs végétaux dont les arbres, notamment les conifères. Il est partiellement soluble dans l’eau et peut se diffuser dans les eaux souterraines et par absorption des boues.

Il est très toxique pour les rongeurs et pour la plupart des mammifères.

L'exposition principale au thallium pour la population générale est l’alimentation (surtout les fruits et les légumes verts cultivés sur des terres contaminées). La consommation de poisson et (peut-être dans une moindre mesure) de viande peut également contribuer à l'exposition au thallium. L’eau et l’air, bien que les teneurs en thallium y soient très faibles, peuvent aussi constituer une source d’exposition pour la population générale. Le tabagisme est également une source de thallium (fumée).

L’étain

L’étain se trouve sous forme pure ou en alliage dans de nombreux objets, notamment la conservation des aliments (feuilles), les emballages en tube souple (dentifrice, peinture…), bien qu’il soit souvent remplacé par de l’aluminium, la vaisselle et les objets décoratifs, des jouets comme les « soldats de plomb », la robinetterie, les soudures, les pièces de monnaie, les instruments de musique, les revêtements métalliques.

L’étain en lui-même est assez peu toxique, les formes les plus dangereuses pour la santé sont les formes liées étain-composé organique. 

Les effets sanitaires dépendent du type de substance, le triéthylétain étant la substance la plus toxique. Les composés peuvent être absorbés via l’alimentation (le plus fréquent pour la population générale), l’inhalation ou le contact cutané.

Le triéthylétain entraîne des irritations des yeux et de la peau, des maux de tête, des douleurs abdominales et nausées ; à long terme, il existe des dommages hépatiques, des dysfonctionnements immunitaires, des anémies et des troubles du comportement. De plus, l’étain organique peut passer la barrière placentaire.

L’étain inorganique est principalement stocké dans les os, mais peut aussi se retrouver dans le foie, le système lymphatique et les reins.

Aucun composé d’étain n’a été classé cancérigène par le CIRC.

Exposition de la population Française aux métaux lourds

Depuis 2006, des études nationales permettent de suivre l’imprégnation des Français par certains métaux lourds, comme le cadmium, le mercure ou le plomb.

Une étude publiée en 2021 par santé publique France (étude ESTEBAN) montre que la très grande majorité de la population est exposée aux métaux lourds, aussi bien les adultes que les enfants : plus de 97 % des participants présentent des traces mesurables dans leur organisme.

Pour protéger la santé et l’environnement, les usages de certains métaux et leur rejet dans la nature sont encadrés par la loi. Leur présence dans des produits de consommation courante comme l’eau du robinet, les aliments ou les jouets est aussi strictement réglementée.

Règlementation Européenne

En Europe la concentration de cadmium dans les fertilisants est réglementé par le règlement EU 2019/1009. La limite maximale étant fixée à 60mg/kg. Une réduction progressive de ces limites est prévue d’ici 2026. L’objectif à long terme est de 20mg/kg. Il existe de grandes variations entre les réglementations, d’un pays à l’autre. Le Danemark a obtenu une dérogation pour obtenir une limite plus stricte (20mg/kg). En France, la limite actuelle pour le cadmium dans les engrais phosphatés est de 90mg/kg soit une limite plus élevée que celle de la norme européenne. Sous la pression de l’Europe et de l’ANSES, la France devrait s’aligner progressivement sur le taux maximum européen.

Le Plomb, le mercure, l’Arsenic, le nickel, le chrome, l’étain, relèvent de limites variables selon le type d’engrais et leur usage. Pour le plomb et le mercure, leur concentration est surtout fixée dans les denrées alimentaires ce qui influence les limites dans les engrais.

Les engrais et les métaux lourds

L’agriculture utilise plusieurs types d’engrais qui présentent des risques différents au regard de la contamination des sols aux métaux lourds :

  • Les engrais minéraux issus de procédés industriels (chimiques). Ces engrais ne sont pas autorisés en BIO

A l’intérieur de cette catégorie, deux sous-catégories :

    • Les engrais azotés de synthèse (urée, nitrate d’ammonium, sulfate d’amonium) qui fournissent de l’azote pour la croissance des plantes.
    • Les engrais phosphatés de synthèse (superphosphates, DAP phosphates d’ammonium) riches en phosphore mais souvent contaminés par des métaux lourds en raison de l’origine minérale des roches phosphatées (cadmium, plom, arsenic)
    • Engrais potassiques (chlorure de potassium) de synthèse apportant du potassium essentiel pour la résistance des plantes.
  • Les engrais minéraux naturels – autorisés en BIO

A l’intérieur de cette catégorie, on trouve :

  • Les chaux azotée (Cyanamide calcaire) autorisée uniquement en cas de carence avérée avec accord du certificateur. Présente un faible risque de contamination par les métaux lourds.
  • Les engrais phosphatés naturels (roches phosphatées non traitées, guano). Ils sont AUTORISES EN BIO uniquement si non enrichis chimiquement. Ils peuvent être contaminés par des métaux lourds (cadmium).
  • Les sels de potassium naturels (Sylvinite, patenkali) non transformés chimiquement. Présente un faible risque de présence de métaux lourds.
  • Des amendements calcaires et basiques venant de roches broyées (calcaires, dolomie) ou de sous-produits industriels (chaux) pouvant contenir des traces de métaux lourds selon leur origine géologiques. Ils sont soumis à des contrôles de pureté surtout pour leurs usages en agriculture BIO.
  • Les engrais organiques issus de matière végétale ou animale (fumier, compost, tourteau, cornes broyées,..) présentent moins de risques de contamination par des métaux lourds sauf si les matières premières sont polluées. Ces engrais sont autorisés en BIO.
    • Fumier et lisier – Pour l’agriculture Bio, ils doivent provenir d’élevage BIO
    • Tourteaux de riçin, soja, colza – Pour l’agriculture Bio, ils doivent provenir d’élevage BIO
    • Engrais verts, légumineuses (trèfle, luzene, cesce) Méthode privilégiées pour l’apport d’azote en BIO
  • Les engrais recyclés ou de récupération issus du recyclage de déchets (boues de station d’épuration, composts urbains, digestats de méthanisation) présentant un risque élevé de contamination (métaux lourds, médicaments, plastiques)
  • Les boues sont INTERDITES en AGRICULTURE BIO en France
  • Les résidus de méthanisation dont la contamination dépend des intrants sont autorisés en bio uniquement si 100% issus de matières BIO
  • Le compost urbain présentant des risques modérés de contamination aux métaux lourds sont autorisés en BIO s’ils sont certifiés sans polluants
  • Des engrais spécifiques (biostimulants, algues, micro-organismes) utilisés en complément des engrais pour stimuler la croissance ou la résistance des plantes.
    • Les algues marines (laminaires, ascophyllum) présentant des risques modérés de contamination aux métaux lourds sont autorisés en BIO si elles sont récoltées dans des zones non polluées
    • Les biostimulants (extraits d’algues, acides humiques) présentent un faible risque de contamination. Ils sont autorisés en BIO s’ils sont naturels et non synthétiques
    • Le Guano (fientes d’oiseaux ou de chauve-souris) présentant un risque modéré selon l’origine sont autorisés en bio.

Le mode d’agriculture Biologique peut diminuer la contamination des sols en utilisant des engrais organiques ou minéraux naturels. Le risque n’est cependant pas nul, notamment concernant le cadmium, étant donné que les engrais minéraux naturels provenant de roches phosphatées sont autorisés.

Qui est responsable de la contamination aux métaux lourds ?

Il faut garder à l’esprit que la contamination des sols par des métaux lourds n’est pas uniquement due à l’agriculture et aux engrais utilisés mais également aux activités industrielles, à la pollution de l’air et de l’eau par ces activités.

Les activités industrielles (métallurgie, chimie, mines, incinération des déchets, énergies fossiles) sont la première source de pollution massive des sols par les métaux lourds.

Pour l’agriculture, les engrais et les pesticides utilisés ont également contribués à la contamination des sols par les métaux lourds. Les métaux lourds directement présents dans les pesticides sont le cuivre qui s’accumule dans les sols et devient toxique pour les micro-organismes et les plantes (vigne), l’arsenic interdit depuis les années 1990 qui persiste dans les sols sous forme de résidus, le mercure autrefois utilisé dans des fongicides aujourd’hui interdit mais qui persiste dans certains sols. Les pesticides favorisent la mobilisation des métaux lourds déjà présents dans le sol en modifiant le pH ou la vie microbienne.

L’agriculture biologique et les métaux lourds

L’agriculture biologique contribue significativement à réduire la pollution des sols par les métaux lourds en n’utilisant pas les engrais phosphatés de synthèse qui sont, en agriculture conventionnelle, la principale source de cadmium dans les sols et en les remplaçants par des engrais organiques ou des phosphates naturels non traités.

Les pratiques BIO (rotation des cultures, engrais verts, compost) augmentent la teneur en matière organique des sols. Cela favorise la fixation des métaux lourds sous forme non biodisponible, limitant leur transfert vers les plantes et les nappes phréatiques.

Les traités Mercosur, CETA et les métaux lourds

Les traités Mercosur (entre l’UE et les pays d’Amérique du Sud : Bréseil, Argentine, Uruguay, Paraguay) et les autres accords (CETA avec le Canada, accords avec les Etats-Unis), présentent un risque accru de contamination dans les assiettes européennes car il n’y a pas de garantie d’alignement sur les standards Européens. Les aliments importés peuvent être cultivés avec des intrants interdits en Europe. Le Brésil autorise des taux de cadmium dans les engrais bien supérieurs à la limite Européenne. Les systèmes de traçabilité et de contrôle sanitaire sont moins rigoureux qu’en Europe.

Ces traités mettent nos agriculteurs en colère. Notre maraîcher, Ludo, nous en parle souvent. Ils représentent une menace car ils décrédibilisent tous les efforts que nos agriculteurs font pour nous fournir une alimentation de qualité.

Quel avenir pour nos paysans et quelle alimentation pour nous ?

Au-delà de la contamination au cadmium et aux métaux lourds des sols et des aliments avec le risque que cette accumulation de produits toxiques représente pour nous et nos enfants, se pose la question d’un modèle d’agriculture et d’un mode de consommation. D’un côté l’économie globalisée et libéralisée qui réclame des échanges commerciaux facilités entre pays et continents et de l’autre la nécessité d’une souveraineté et résilience alimentaire locale afin d’être mieux armés face aux crises qui déstabilisent l’économie mondiale. D’un côté une agriculture productiviste au service de la performance économique, financiarisée et de l’autre une agriculture paysanne locale. D’un côté des consommateurs attachés à des produits de qualité, sains, prêts à dépenser de l’énergie et des moyens pour bien se nourrir et de l’autre des consommateurs appauvris, plus sensibles au prix qu’à la qualité. D’un côté des petites et moyennes fermes, exploitations familiales qui peinent de plus en plus à trouver repreneur et de l’autre de toujours plus grandes exploitations appartenant à des sociétés contrôlées par des groupes.

Derrière la question du cadmium, la question que nos agriculteurs en AMAP, comme Ludo soulève est « quel monde agricole pour demain, quel avenir pour nos paysans ? ».

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